Comment un journaliste lit un communiqué
Le titre, en une seconde : y a-t-il un fait ? Le chapô, en dix secondes : qui, quoi, quand, où, pourquoi ? Puis il cherche un chiffre et un nom pour sa brève. S'il veut en faire plus, il lit le corps et appelle le contact. Un journaliste de presse professionnelle reçoit, selon les titres, entre cinquante et deux cents communiqués par semaine ; les miens, quand j'étais pigiste, finissaient dans trois dossiers : « brève », « à creuser », « corbeille ». Le classement se faisait sur le titre et le chapô.
Les cinq exemples qui suivent sont des communiqués reçus ou écrits, anonymisés. Pour chacun, la version de départ, ce qui coince, la version réécrite.
Exemple 1 : lancement de produit industriel
Reçu : « Innovatech révolutionne le marché des joints d'étanchéité avec sa nouvelle gamme haute performance ». Chapô : « Fort de 30 ans d'expertise, Innovatech, leader reconnu de l'étanchéité industrielle, est fier d'annoncer le lancement de sa gamme révolutionnaire… ».
Ce qui coince : le titre est un slogan, le chapô parle de l'entreprise et non de la nouvelle, aucun chiffre, aucune application.
Réécrit : « Innovatech lance un joint qui tient à 250 °C pour les moteurs à hydrogène ». Chapô : « Le fabricant Innovatech (Oyonnax, 140 salariés) commercialise en janvier une gamme de joints d'étanchéité conçue pour les circuits d'hydrogène des moteurs industriels. Testée sur 5 000 heures à 250 °C, elle répond à une demande de trois constructeurs de groupes électrogènes qui n'avaient pas de solution française. »
Exemple 2 : nomination
Reçu : « Nomination de Madame Sophie Durand au poste de Directrice Marketing et Communication d'Alphaplast ». Suivi de trois paragraphes de parcours.
Ce qui coince : rien de faux, mais rien qui dise pourquoi ça compte. La nomination n'est pas la nouvelle ; ce qu'elle va faire l'est.
Réécrit : « Alphaplast confie à Sophie Durand le lancement de sa marque de pièces recyclées ». Chapô : « Sophie Durand, 44 ans, rejoint Alphaplast comme directrice marketing et communication. Elle pilotera le lancement, prévu au printemps, de la première gamme de pièces en plastique recyclé du groupe, qui vise 10 % du chiffre d'affaires en 2028. Elle vient de Polymex, où elle a conduit le repositionnement de la marque pendant six ans. »
Exemple 3 : nouvelle usine
Reçu : « Un nouveau chapitre s'ouvre pour Fonderie Morel ». Chapô : « C'est avec une grande émotion que la famille Morel a posé la première pierre de son nouveau site… ».
Ce qui coince : l'émotion n'est pas une information. Il manque le lieu, la date, l'investissement, les emplois.
Réécrit : « Fonderie Morel investit 12 millions d'euros dans une usine à Vierzon, 60 emplois d'ici 2028 ». Chapô : « La fonderie Morel (Bourges, 180 salariés) a posé le 12 septembre la première pierre d'une usine de 9 000 m² à Vierzon, destinée aux pièces pour le ferroviaire. Mise en service prévue en 2027, 60 embauches sur trois ans, financement par fonds propres et un prêt de la Région Centre-Val de Loire. »
Exemple 4 : chiffre inédit
Reçu : « Baromètre Plastival : les tendances de la plasturgie en 2026 ». Chapô : « Plastival dévoile les résultats de son enquête annuelle auprès de ses clients… ». Le chiffre intéressant est en page 2.
Ce qui coince : le titre promet des tendances, le chapô ne donne aucun chiffre, le seul fait saillant est enterré.
Réécrit : « 61 % des plasturgistes français ont réduit leurs effectifs intérimaires en 2026 (enquête Plastival) ». Chapô : « Selon l'enquête annuelle de Plastival auprès de 312 entreprises de plasturgie, menée en septembre, 61 % d'entre elles ont réduit leur recours à l'intérim cette année, contre 38 % en 2025. En cause : la baisse des commandes automobiles (citée par 72 % des répondants) et la hausse du coût de l'énergie. »
Exemple 5 : partenariat
Reçu : « Signature d'un partenariat stratégique entre Techno-Résines et l'université de Lorraine ». Chapô : « Les deux entités ont signé une convention de partenariat visant à développer des synergies… ».
Ce qui coince : « synergies » ne dit rien. Que vont-ils faire, avec quel argent, pour quoi ?
Réécrit : « Techno-Résines finance un laboratoire commun sur les résines biosourcées à Nancy ». Chapô : « Techno-Résines et l'université de Lorraine ouvrent en janvier un laboratoire commun de six chercheurs sur les résines biosourcées pour les composites. L'entreprise y investit 1,5 million d'euros sur quatre ans. Objectif : une résine à 60 % d'origine végétale commercialisable en 2029. »
Le modèle d'une page
En haut à gauche, le logo ; à droite, « Communiqué de presse », la ville et la date. Le titre, en gras, moins de 80 caractères, un fait. Un sous-titre facultatif, une ligne, qui précise. Le chapô, en gras ou en italique, quatre lignes, les cinq questions. Le corps, trois paragraphes : le fait en détail et ses chiffres ; le contexte et ce que ça change ; le calendrier et la suite. La citation, une personne nommée avec sa fonction, une phrase qu'elle pourrait dire à l'oral, qui apporte un point de vue et non une redite. L'« à propos », trois lignes : activité, création, effectif, chiffre d'affaires, sites. Le contact : nom, fonction, portable, courriel. Un lien vers les visuels en haute définition.
Le tout en corps 11, une page. Le fichier porte un nom explicite (« CP_Innovatech_joints-hydrogene_2026-11-12.pdf ») et le même texte est collé dans le corps du courriel.
Pour vérifier avant d'envoyer
L'outil Vérificateur de communiqué de presse note un texte sur douze critères en le collant. Le dossier de presse prend le relais quand le sujet mérite plus d'une page. Et l'infographie Anatomie d'un communiqué résume l'ordre de lecture.
Questions fréquentes
Quelle longueur pour un communiqué de presse ?
Une page, soit 300 à 450 mots. Les informations complémentaires vont dans un dossier de presse ou sur la page presse du site. Un communiqué de deux pages est lu comme un communiqué d'une page dont on a oublié la seconde.
Faut-il mettre une photo ?
Un visuel en basse définition dans le corps du courriel, et un lien vers la haute définition. Jamais de pièce jointe lourde : les messageries des rédactions les bloquent, et le journaliste ne les ouvre pas.
À qui envoyer un communiqué ?
À une liste courte de journalistes choisis pour le sujet, avec un courriel personnalisé en deux lignes au-dessus du communiqué. Les envois massifs via des plateformes servent pour les communiqués d'information générale, pas pour obtenir un article.
Peut-on envoyer un communiqué en anglais ?
Pour un sujet international, oui, avec une version dans la langue du titre visé quand c'est possible. Un communiqué traduit automatiquement sans relecture par un natif fait plus de mal que pas de communiqué.


